Sport et santé

Concilier sport et diabète de type 1 : le challenge de Claire

Céline Bux

Hiver 2015 - Lettre n°13
#Sport #Diabète de type 1 #Challenges sportifs #Traitement

Si le sport fait partie du traitement préconisé en cas de diabète de type 2 (dit “gras” ou “non insulinodépendant”),il peut constituer un véritable défi à relever pour un sportif diagnostiqué diabétique de type 1 (dit “maigre” ou,“insulinodépendant”). À l’occasion de la journée mondiale du diabète, Claire Hassenfratz, doctorante en Sciences du Sport et entraîneur cycliste, a retracé pour Meds4all son parcours en tant que sportive de haut niveau diabétique de type 1. Rencontre avec un mental d’acier, modèle d’optimisme et de générosité.

À tout juste 24 ans, Claire Hassenfratz peut être fière de son palmarès sportif : 5e place aux championnats d’Europe de VTT, vicechampionne de France à quatre reprises entre 2006 et 2009, et 5e aux championnats du monde catégorie junior de Fort Williams (Écosse) en septembre 2007. Claire a également fondé sa propre structure d’entraînement cycliste à Besançon il y a deux ans, Physiobike, où elle y coache individuellement des athlètes. Jamais à bout de souffle, la jeune entraîneuse intervient également auprès du Pôle Espoir de cyclisme en Franche-Comté.
En dehors des terrains de cross, Claire effectue un travail de recherche sur une technique de récupération après l’effort physique, dans le cadre de sa deuxième année de doctorat en Sciences du Sport. Même si elle confesse aujourd’hui un manque de temps pour se maintenir à niveau, l’entraîneuse arrive encore à glisser dans son agenda des compétitions d’enduro VTT, quelques trails et… une bonne heure pour répondre à nos questions autour du sport et du diabète.

Comment et quand as-tu appris ton diabète ? Quels ont été les signaux d’alertes?

J’ai appris que j’étais diabétique en 2007, avant mes 17 ans. J’étais alors en 1ère scientifique et je pratiquais le VTT cross-country à haut niveau. En début d’année, je participais à une coupe en Suisse et j’ai eu de grosses crampes au niveau des muscles de tous mes membres inférieurs : c’était horrible. On a mis ça sur le dos du début de saison et, peut-être, d’un léger manque d’entraînement. Mais les mêmes symptômes sont apparus en coupe de France quelques temps après : j’ai fini la compétition comme j’ai pu, en me classant tout de même 2e. Après un premier bilan sanguin, le diagnostic tombe : j’ai un diabète de type 1 (taux de sucre > 5mg/L). Cela faisait pourtant deux mois que je buvais énormément d’eau (jusqu’à 6 litres par jour !) et j’avais perdu quelques kilos, mais tout avait été mis sur le compte de l’entraînement intensif. J’ai été hospitalisée une semaine, mais je ne réalisais pas vraiment que j’allais être prise en charge à vie. J’ai été mise immédiatement sous pompe à insuline, puis on m’a appris à utiliser des “stylos” (l’autre nom des piqûres).

À l’époque, tu avais déjà atteint un très haut niveau en cyclisme. Comment as-tu vécu la suite des événements ? As-tu changé ton mode de vie ?

C’était un peu difficile au début. Il fallait gérer le diabète en compétition et surtout post-compétition : avec le stress, le taux de sucre était très élevé et je ne comprenais pas forcément pourquoi. Je l’ai ensuite relativement bien vécu durant le reste de l’année, j’ai continué à faire du VTT à haut niveau, j’ai participé aux championnats d’Europe, de France et du monde en catégorie junior. Tout se passait bien, je n’avais pas besoin de m’injecter beaucoup d’insuline, j’étais un peu en phase de “lune de miel”. Je m’entraînais toujours 7 à 13 heures par semaine. Je n’ai pas changé mon alimentation, elle était déjà bonne. J’évitais juste les friandises ou les boissons sucrées par exemple. J’ai continué de faire de très bons résultats.

Rappelons que le diabète de type 1 dont tu es atteinte n’est pas lié à un mode de vie inadéquat, mais bien à un dysfonctionnement du pancréas. Quel est le traitement préconisé pour ton diabète? A-t-il évolué depuis le diagnostic?

Au début, je faisais des injections au stylo 4 fois par jour : une injection de Lantus, de l’insuline à effet lent, et trois injections postprandiales d’Humalog, une insuline à effet rapide. Depuis 2009, je suis sous pompe à insuline. C’est le dispositif que je préfère et recommande. Selon moi, il est beaucoup plus adapté au traitement du diabète de type 1, notamment pour des jeunes qui n’ont pas “une vie rangée” (pas d’horaires fixes, une activité physique aléatoire, etc…). La pompe à insuline est discrète et permet beaucoup de souplesse, mais il faut faire attention à ne pas oublier pour autant que l’on est diabétique.

Sept ans après, dirais-tu que le diabète a eu un impact sur tes résultats et ta motivation ? Où en es-tu avec le sport aujourd’hui?

Comme dit précédemment, j’ai plutôt bien vécu mon diabète la première année, pendant la compétition. J’étais alors suivie par une pédiatre et non un diabétologue, ce qui a probablement rendu la transition plus difficile une fois la saison de vélo terminée. Là, j’ai pris beaucoup de poids sans forcément m’en rendre compte : ni la pédiatre, ni mon entraîneur ne s’en sont inquiétés. Lorsque la saison de vélo a repris en 2008, plus rien n’allait : j’étais trop lourde, je n’avais plus du tout la même forme physique qu’avant. La pédiatre ne m’aidait pas, l’entraîneur non plus. Je n’ai pas fait les résultats que j’espérais, je ne suis pas allée aux championnats du monde cette année (j’avais pourtant décalé mon bac pour y participer). Je suis alors entrée dans une phase de dépression, encore aujourd’hui c’est parfois difficile de repenser à cette période. J’ai pensé arrêter, mais je pratiquais le vélo depuis mon plus jeune âge et abandonner toute activité sportive était impensable. Par la suite, je me suis lancée dans les études de sports : devenir entraîneur était alors mon objectif, j’avais envie d’aider des athlètes à atteindre leurs objectifs quoi qu’il puisse leur arriver. Je voulais les encadrer correctement pour qu’ils n’aient jamais à vivre mon parcours. “J’aurais aimé avoir un entraîneur qui prenne en compte mon diabète, et un meilleur suivi médical. Aujourd’hui, j’entraîne pour qu’aucun athlète n’ait à se plaindre de la même chose, pour qu’ils atteignent tous leurs objectifs.”

Fin 2009, on m’a conseillé un vrai spécialiste diabétologue, le Professeur Pinget. J’aurais dû le rencontrer plus tôt… Maintenant, je suis bien suivie pour mon diabète et je construis ma vie professionnelle comme je le voulais. Fini le sport de haut niveau pour moi, mais j’aide des athlètes à donner le meilleur d’eux-mêmes, et cela me plaît. Je continue tout de même à pratiquer beaucoup de sport, même encore en compétition (je fais de l’enduro VTT), j’en ai besoin. Je remarque également que cela permet de mieux équilibrer mon diabète et de diminuer ma dose d’insuline. Encore une fois, même si le doctorat engendre beaucoup de stress psychologique, la pompe à insuline facilite les choses. Je pense que plus tard, une fois le doctorat terminé et une vie un peu plus “rangée”, ce sera encore plus facile de gérer sport et diabète.

En tant qu’entraîneuse, quels conseils donnerais-tu aux diabétiques qui souhaitent continuer ou reprendre le sport?

Je pense vraiment qu’il est important de bien s’entourer dès le diagnostic. De choisir le bon traitement adapté à son mode de vie. On peut mener une vie tout à fait normale sans forcément se priver. Je pense que le sport permet justement de mieux équilibrer le diabète. Je conseillerais, pour des diabétiques qui veulent reprendre le sport, d’y aller progressivement; si possible à heures régulières, à chaque fois au même moment de la journée et de la semaine. Après quelques séances, il sera ainsi plus facile de comprendre les adaptations de dose d’insuline et d’apport glucidique pour éviter les hypoglycémies (ou hyperglycémies). Il faut toujours bien contrôler sa glycémie avant, pendant et après l’effort. Moi par exemple, je suis souvent en hyperglycémie tout de suite après l’arrêt de l’exercice, mais entre une et trois heures après je peux tomber en hypoglycémie. Pendant longtemps, j’étais en hyperglycémie avant une compétition ; j’essayais toujours de diminuer mon taux de sucre et cela entraînait encore plus de stress. Mais d’après mon diabétologue, il s’avère impossible d’avoir une glycémie normale avant un effort, toujours à cause du stress. Je sais maintenant que même si je suis “un peu haut” avant une compétition, ce n’est pas grave : mon taux de sucre va diminuer par la suite. Maintenant que je me connais, je sais comment adapter mes doses d’insuline.

“Avec un bon suivi, rien n’est impossible. Le diabète n’est pas une fin en soi ; je dirais plutôt qu’il faut bien s’entendre avec, et tout roule. Je n’ai pas pu vivre tous mes rêves de sportive, mais aujourd’hui, j’aide des athlètes à y arriver, et ça c’est géant !”

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