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Soins

Dépister la rétinopathie malgré la pénurie d’opthalmologistes

Dr Michel Gerson, Colmar

Automne 2018 - Lettre n°27
#Rétinopathie

En France, la pénurie d’opthalmologistes complique le dépistage de la rétinopathie diabétique. Il suffit d’aller sur le site du syndicat national des opthalmologistes français (SNOF ) pour prendre la mesure de cette pénurie : « Alors qu’en moyenne les autres spécialités ont progressé de 30% depuis 1990, on compte 4 fois moins de nouveaux diplômés en ophtalmologie » ; « 72% de départs à la retraite entre 2008 et 2025 » et « On ne forme que 100 nouveaux ophtalmologistes par an alors que les besoins sont estimés à 3 par million d’habitants, soit au moins 200 par an. Tous nos voisins forment 3 fois plus d’ophtalmologistes par habitant que nous ».

Dans plusieurs régions françaises, les patients qui ont emménagé racontent leur quête d’un nouvel opthalmologiste : ils vont de refus en refus, de nombreux opthalmologistes ne pouvant plus prendre en charge de nouveau patient ou proposant de rappeler dans quelques mois, à l’ouverture de l’agenda de l’année suivante. Que peut-on, que pourra-t-on proposer à ces patients… sachant qu’un médecin ne réussira pas forcément à obtenir – en l’absence d’une urgence avérée – un rendez-vous dans un délai décent pour tous ses patients diabétiques ?

Le rétinographe : l’outil de dépistage idéal ?

Le rétinographe est un appareil de photographie numérique du fond d’oeil ; c’est un orthoptiste ou un infirmier qui prend les photos qui sont ensuite télétransmises à un opthalmologiste. Certains rétinographes sont fixes, par exemple dans un service de diabétologie ou d’ophthalmologie ou dans un centre d’examens de l’Assurance-Maladie ; d’autres sont mobiles. En Alsace, la Femalsace (Fédération des Maisons de Santé) a mis en place grâce à l’aide de l’ARS, des CPAM et de la Région, un rétinographe mobile qui « stationne » dans les Maisons de Santé et dans d’autres structures, comme le réseau de santé de Colmar cet automne. On pourra trouver des détails de cette initiative régionale sur femalsace.com. La principale limite de cet outil qui épargne du temps d’ophthalmologiste, c’est l’âge : après 70 ans, cet outil est moins efficace et donc déconseillé.

L’avenir : l’intelligence artificielle ?

Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a, le 11 avril 2018, à partir d’une étude clinique sur 900 patients, autorisé un premier dispositif d’intelligence artificielle (IA) destiné à dépister une rétinopathie diabétique et proposer une conduite à tenir. Plus de détails sont disponibles sur le site de l’Agence (fda.gov). Au total, ces outils permettront peut-être d’améliorer le taux de dépistage (dans les 12 mois précédents) de la rétinopathie, mais le chemin à parcourir reste long ! Malgré les efforts des professionnels, à peine plus de la moitié des personnes diabétiques ont consulté leur opthalmologiste depuis moins d’un an ; ce pourcentage a peu augmenté depuis 20 ans. Notons que pour la HAS(1) « un dépistage de la rétinopathie diabétique tous les 2 ans est suffisant sous certaines conditions, c’est-à-dire en l’absence de rétinopathie diabétique, chez les diabétiques non insulino-traités, équilibrés pour l’hémoglobine glyquée (HbA1c) et la pression artérielle ». C’est une périodicité minimale, non valable dans des situations particulières notamment en cas de grossesse ou de rétinopathie avérée, dans quel cas la périodicité d’un an doit être respectée.

 

(1)- HAS : Dépistage de la rétinopathie diabétique par lecture différée de photographies du fond d’oeil. Décembre 2010.

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