Soins

Education thérapeutique et diabète T2

Docteur Aldimachki

Printemps 2015 - Lettre n°14
#Diabète de type 2 #Qualité de vie #Maladie #Pathologie #Education thérapeutique #ETP #DAWN2

Education thérapeutique et diabète de type 2. L’éducation thérapeutique du patient : une finalité thérapeutique ou une alternative à la thérapie conventionnelle pour améliorer la qualité de vie chez les patients diabétiques de type 2 ?

L’Éducation Thérapeutique du Patient (ETP ) est un processus de renforcement des capacités du malade et/ou de son entourage à prendre en charge l’affection qui le touche, sur la base d’actions intégrées au projet de soins. C’est également l’ensemble des pratiques visant à permettre au patient l’acquisition de compétences, afin de pouvoir prendre en charge de manière active sa maladie, les soins et la surveillance, en partenariat avec l’équipe soignante. Il s’agit d’une co-construction, entre le soigné et le soignant, d’une prise en charge globale la plus optimale possible, dans une perspective cognitivo-comportementale et psycho-émotionnelle à travers lesquelles l’évaluation de la qualité de vie du patient est primordiale.

Introduction :

L’étude DAWN2 France a mis en évidence que les personnes atteintes de diabète souffrent d’une qualité de vie altérée, laquelle restreint l’efficacité de la prise en charge de cette pathologie. Cette étude a également montré que les patients français semblent plus anxieux que dans la plupart des autres pays, que la crainte des hypoglycémies est un point très important, tout comme la crainte des injections et que le passage à l’insuline est vu comme une sanction. En offrant aux patients des séances éducatives, collectives et individuelles, sur le plan médical, diététique, physique, psychologique et social, l’ETP a considérablement amélioré leur prise en charge.

Méthodes :

Notre étude observationnelle a consisté à évaluer l’évolution de la qualité de vie et de l’équilibre métabolique d’une cohorte de 100 patients ayant suivi un programme d’ETP personnalisé, élaboré autour de 18 ateliers éducatifs, en hospitalisation complète. Un suivi en hôpital de jour a été proposé à 3, 6 et 9 mois. Le critère principal recherché est la qualité de vie. Les paramètres biologiques et anthropométriques sont également mesurés.

Les principales caractéristiques des patients inclus dans cette étude étaient :

  • Âge entre 18 et 70 ans ;
  • Diabète de type 2 diagnostiqué depuis au moins 6 mois ;
  • HbA1C >7% ;
  • IMC >30 ;
  • Patients traités par au moins deux antidiabétiques oraux (ADO) ;
  • Bilan ophtalmologique ne montrant pas de rétinopathie diabétique sévère proliférante ;
  •  Syndrome métabolique associé ;
  • Absence d’une dysthyroïdie ;
  • Pas de modification thérapeutique (traitement) depuis au moins 2 mois.

Résultats :

L’étude a démontré une amélioration significative de la qualité de vie des patients ayant suivi le programme d’ETP entre 0 et neuf mois, clarifiée par les patients mêmes, par l’amélioration de leurs connaissances et l’amélioration de l’auto-évaluation (savoir, savoir-faire). Nous avons également constaté un changement de profil : les patients ressentent moins de limitations sur le plan mental (Δ = 65,8) et physique (Δ = 82). De plus, nous avons noté une augmentation importante dans l’aspect relationnel (Δ = 38 ,2). Les changements en matière d’activité physique ont aussi été importants (Δ = 48 ,6).L’amélioration de l’équilibre glycémique :

La variation de l’Hémoglobine Glyquée en pourcentage était statistiquement différente notamment du fait de la pratique d’une activité physique régulière qui peut diminuer l’HbA1C de 0,6% par :

  • l’augmentation de la captation musculaire du glucose, un métabolisme indépendant de l’insuline, affirmée via plusieurs études randomisées,
  • la perte de poids et la diminution de la résistance à l’insuline, démontrées par la méta-analyse de différentes études cliniques.

Une baisse significative des triglycérides, une diminution du LDL-Cholestérol (le mauvais), une hausse du HDL-Cholestérol (le bon), signifiant une diminution importante du potentiel-risque cardiovasculaire, déjà fort bien démontrées par l’étude Look AHEAD Research Group.

 Concernant l’activité physique :

Le test physique réalisé à chaque visite de contrôle montre une amélioration de la force musculaire, de l’adaptabilité à l’effort physique, de l’équilibre et de la souplesse. L’entretien individuel avec les patients a révélé une activité physique régulière et
durable, respectant la durée et la fréquence recommandée, ce qui a aidé à améliorer d’une part l’équilibre glycémique et d’autre part les paramètres métaboliques dont le profil lipidique en corrélation avec la méta-analyse de plusieurs études.

Le comportement et le réconfort alimentaire :

L’étude a montré au fil du temps, suite à l’évaluation à chaque visite, une amélioration dans le réconfort, le comportement alimentaire et la restitution de repas, qui représentent la première ligne de la prise en charge du diabète de type 2.

Les modifications thérapeutiques :Conclusion :

  • L’ET P personnalisée, adaptée au diagnostic éducatif, a un impact positif et significatif sur la qualité de vie du patient.
  • L’amélioration de l’estime de soi et de la confiance en soi peut aller jusqu’à un changement total de profil du patient.
  • Un suivi ambulatoire structuré est essentiel dans la prise en charge des patients (HDJ, réseaux de soins, etc).
  • Elle est également une méthode efficace pour l’amélioration de l’équilibre glycémique, la prévention des complications du diabète ainsi qu’en matière de diminution des facteurs de risques cardiovasculaires.
  • L’amélioration des paramètres biologiques et anthropométriques ainsi que les modifications thérapeutiques durant le suivi, ont potentiellement un impact sur la diminution du coût total de la prise en charge de cette pathologie chronique.

 

Références :


1. UK Prospective Diabetes Study (UKPDS) Group. Intensive blood-glucose control with sulphonylureas or insulin compared with conventional treatment and risk of complications in patients with type 2 diabetes (UKPDS) Lancet1998.
2. ANDRÉ GRIMALDI, DOMINIQUE SIMON, CLAUDE SACHON Thoughts about patient education: The experience of diabetes.
3. SIMON D, TAYNARD PY, BOURDILLON F, GRIMALDI A. Education thérapeutique prévention et maladies chroniques.
4. DAWN2 STUDY (DIABETES ATTITUDES WISHES AND NEEDS2), Quality of life, emotional impact and perceived burden in people with diabetes and their family members (SM CONSOLI).
5. POLONSKY WH, ANDERSON BJ, LOHRER PA, WELCH G, JACOBSON AM, APONTE JE, ET AL. Assessment of diabetes-related distress. DIABETESCARE 1995; 18:754–60.
6. ASCHEEN, J.P. BOURGUIGNON, G. HUBERMONT, O. ZIEGLER, P. BÖHME, J.F. COLLIN, M.L. ROMAIN, M. LAIR, C. DE BEAUFORT, G. MICHEL, M. GUILLAUME, Éducation thérapeutique et préventive face au diabète et à l’obésité à risque chez l’adulte et l’adolescent : le projet Interreg IV EDUDORA2.
7. COUDEYRE E, DUCLOS M, OUCHCHANE L. General practitioner’s barriers to physical activity negatively influence type 2 Diabetic patients’ involvement in regular physical activity. Diabetes Care 2011.
8. MANN DM, WOODWARD M, YE F, KROUSEL-WOOD M, MUNTNER P. Trends in medication use among US adults with diabetes mellitus: glycemic control at the expense of controlling cardiovascular risk factors. Arch Intern Med 2009.
9. LOOK AHEAD RESEARCH GROUP, PI-SUNYER X, BLACKBURN G, BRANCATI FL, BRAY GA, BRIGHT R, et al. Reduction in weight and cardiovascular disease risk factors in individuals with type 2diabetes: one-year results of the look AHEAD trial. Diabetes Care 2007.
10. WOLF AM, CONAWAY MR, CROWTHER JQ, HAZEN KY, L NADLER J, ONEIDA B, et al. Translating lifestyle intervention to practice in obese patients with type 2 diabetes: Improving Control with Activity and Nutrition (ICAN) study. Diabetes Care 2004.

Source image : http://www.educationsante-pch.org/

 

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