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Le muscle, un organe plein de promesses face au diabète

C.M.

Automne 2018 - Lettre n°27
#Muscle

 

La revue multidisciplinaire et leader dans le milieu de la recherche, Scientific Reports (Groupe Nature Publishing), a sélectionné les derniers travaux de recherche du Centre européen d’étude du Diabète (CeeD) pour son édition de juillet 2018.

Sous la direction du Dr Karim Bouzakri et du Pr Michel Pinget, les chercheurs du CeeD décryptent la communication croisée entre le muscle et le pancréas en collaboration notamment avec le Centre of Inflammation and Metabolism du Danemark et le Centre Médical Universitaire de Genève. Dans ce cadre, ils ont démontré que chaque muscle possède des caractéristiques bien distinctes et secrète donc des molécules différentes, dont certaines ont un effet direct sur le bon fonctionnement du pancréas, en particulier face au diabète. Une découverte bousculant le postulat jusqu’alors établi d’une sécrétion unique pour tous les muscles et portant l’espoir de nouveaux traitements mimant les bénéfices de l’activité physique.

Le diabète, une communication croisée complexe

La multiplicité des organes impliqués et des facteurs sécrétés fait du diabète une maladie complexe dont les mécanismes restent encore très mal compris. Précurseur dans le domaine, le Dr Karim Bouzakri, directeur de recherche au CeeD, a pu identifier le muscle squelettique comme étant l’organe principalement ciblé par l’insuline, faisant de l’axe de communication entre les cellules bêta du pancréas et les muscles une piste des plus prometteuses pour de nouveaux traitements. Il a été par ailleurs prouvé, par l’équipe danoise associée au travail, que les myokines, molécules endocriniennes (c’est-à-dire libérées dans le sang) sécrétées par le muscle, jouent un rôle primordial pour le bon fonctionnement du corps humain en servant de barrières face à certaines maladies comme le cancer du sein, la dépression, les maladies cardiaques… ou encore le diabète.

Diabète : privilégier les sports de résistance aux sports d’endurance

Possédant une fonction contractile commune, les 600 muscles du corps humain sont habituellement classés en 2 grands groupes (puis une dizaine de souscatégories) :

  • les muscles de type I, ou muscles d’endurance, consommant majoritairement du gras pour leur fonctionnement ;
  • les muscles de type II, ou muscles de résistance, consommant majoritairement du glucose. Malgré ces distinctions, les muscles étaient considérés, il y a peu encore, comme sécrétant tous les mêmes molécules lors d’un exercice physique. Dans le cadre des travaux sur la « communication croisée entre le muscle et le pancréas », les chercheurs du CeeD ont été les premiers au monde à réviser cette théorie.

En comparant les molécules sécrétées par des quadriceps (muscle de type I), des triceps (type II) et des fibres intermédiaires prélevées chez des volontaires diabétiques et non-diabétiques, ils ont pu prouver que :

  • chaque muscle squelettique du corps humain possède une signature génétique propre ;
  • chaque muscle produit donc un sécrétome (ensemble de myokines) différent ;
  • dans le cas du muscle de type II et plus particulièrement du triceps (car majoritairement composé de fibres consommant du glucose), les myokines, qui y sont surexprimées, ont un effet direct et bénéfique sur le pancréas et son fonctionnement.

Ces hypothèses désormais validées permettent aux équipes du CeeD de poursuivre leurs recherches en cours pour définir les molécules qui se montreraient plus intéressantes encore dans le cas du diabète, puis, à partir d’elles, de développer une nouvelle approche thérapeutique tant pour les personnes atteintes de diabète que pour les populations à risques (en prévention).

Une découverte d’importance, puisqu’elle confirme par ailleurs les préconisations faites auprès des patients diabétiques qui privilégient les sports de résistance aux sports d’endurance. Elle pourrait également s’avérer significative pour explorer de nouvelles voies thérapeutiques dans le cas de cancer du sein, d’ostéoporose, de démence, de dépression, de maladies cardiovasculaires ou encore d’autres maladies métaboliques. 

 

Lien de la publication :

www.nature.com/articles/s41598-018-28117-2.pdf

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