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Les perturbateurs endocriniens au cœur du débat

Hiver 2016 - Lettre n°17
#Santé #Diabète de type 2 #Perturbateurs endocriniens #Débat

Un colloque organisé les 21 et 22 janvier, à l’initiative de l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et du MEDDE (Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie) à l’institut Pasteur de Paris a réuni de nombreux spécialistes nationaux et internationaux autour d’une question simple et pourtant si complexe : « Quels sont les effets des perturbateurs endocriniens sur la santé ?». Leur réponse est pour le moins inquiétante…

D’origine naturelle ou artificielle, les perturbateurs endocriniens (PE) sont des substances chimiques étrangères à l’organisme, pouvant interférer avec le fonctionnement du système endocrinien (système hormonal). Parmi les plus connus, on retrouve les pesticides, les phtalates ou encore les bisphénols A, S et F.

La mesure des effets des PE sur la santé est rendue difficile pour plusieurs raisons :

  • Leurs variétés (grande diversité de molécules entrant dans les composantes des substances chimiques) ;
  • La multiplicité de leurs mécanismes d’action ;
  • La diversité des sources d’exposition (eau, alimentation, air, produits industriels…) ;
  • Le dosage (impact à plus ou moins fortes doses) ;
  • Des interactions (effets « cocktail » potentiels) ;
  • La durée d’exposition ;
  • La période d’exposition (gestation, lactation, puberté…).

La tâche est donc grande pour les communautés médicales et scientifiques qui s’y intéressent et les moyens parfois limités, face à l’ampleur du défi !

Néanmoins, certains effets délétères des PE sur la santé ont pu être mis en évidence, notamment sur la reproduction, la croissance, le développement et le comportement. L’interdiction de l’utilisation du Bisphénol A dans la fabrication des biberons vendus sur le territoire européen a été une première victoire. Mais pour les équipes engagées, la lutte sera encore longue, et la tâche d’autant plus ardue qu’elles se heurtent à de puissants lobbys industriels.

De nouveaux éléments viennent cependant aujourd’hui renforcer l’arsenal argumentaire des médecins et chercheurs. Les PE sont, en effet, suspectés outre les dommages potentiels précédemment évoqués, d’augmenter le risque de développement de certains cancers hormonaux-dépendants (comme les cancers du sein, de l’utérus, de la prostate ou des testicules), mais également de troubles immunitaires et du diabète de type 2. Et il vrai, à y regarder de plus près, que l’impressionnante courbe de croissance de la prévalence du diabète suit de près celle de la hausse de production industrielle de produits chimiques. Sédentarité et malbouffe ne seraient plus seules responsables.

Autre argument de poids, et cette fois-ci économique, les PE coûteraient 157 milliards d’euros à l’Europe chaque année. Un chiffre par ailleurs certainement sous-estimé, faute de documentation et de données.

Toutes ces pistes, tous ces chiffres devront naturellement être étayés, développés, précisés. Mais une chose est sûre : le débat reste ouvert et les perturbateurs endocriniens n’ont pas fini de nous préoccuper et de venir sur le devant de la scène politico-socio-économique.

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