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Soins

Relation entre art-thérapie et Éducation Thérapeutique du patient atteint de diabète

Frédérique Barbé

Automne 2015 - Lettre n°16
#Diabète #Maladies chroniques #Epidémie #Changement #Qualité de vie #Autonomie #Art thérapeutique #Activité artistique

Le diabète est une maladie chronique considérée comme une des épidémies du 21e siècle. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé1, « La maladie chronique est un problème de santé qui nécessite une prise en charge pendant plusieurs années (…) ; elle est souvent associée à une invalidité et à la menace de complications graves. »

La maladie chronique est un événement subi qui altère la santé et le bien-être. Pour s’adapter à sa maladie et aux contraintes thérapeutiques, le patient va devoir changer ses habitudes de vie, ses comportements. Le changement est une sorte de deuil qui se traduit par un déséquilibre existentiel, générant de l’incertitude et entraînant des réactions émotionnelles. Certains patients rencontrent des difficultés à gérer leur maladie, à suivre leur traitement et s’exposent à des complications.

Une prise en charge globale du patient par une équipe multi et interdisciplinaire, formée à l’Éducation Thérapeutique, va l’aider à acquérir des connaissances, des compétences, et ainsi une plus grande autonomie en vue d’améliorer sa qualité de vie.

L’art-thérapie peut trouver une place dans un programme d’Éducation Thérapeutique du Patient.
Il existe deux grands concepts qui intègrent l’Art dans le soin : la psychothérapie à médiation artistique et l’art-thérapie enseignée à l’AFRATAPEM2, école de Tours. Ils ne sont pas opposables et peuvent même être complémentaires.
La psychothérapie à médiation artistique, issue de la psychiatrie dès le début du XXe siècle, travaille sur la souffrance psychologique, le symptôme.

Frédérique Barbé, infirmière au sein d’une Unité Mobile de Diabétologie dans l’Orne et art-thérapeute diplômée de l’AFRATAPEM vous propose de découvrir un autre concept d’art-thérapie issu d’une philosophie humaniste. Cette forme d’art-thérapie cherche à valoriser les capacités physiques et psycho-sociales d’une personne en la mettant en position de réussite par la recherche du plaisir esthétique. Tout comme l’Éducation Thérapeutique du Patient, elle s’intéresse à la personne dans sa globalité et spécifiquement au domaine des sensations (le corps) et des ressentis (l’esprit). La rencontre avec l’art-thérapeute repose sur l’instauration d’une relation de confiance. Ce dernier va aider le patient à porter un autre regard sur sa personne, non plus seulement du côté de sa maladie mais sur tout ce qui va bien. Il lui offre la possibilité d’exister en tant que « sujet » et non comme « objet » de sa maladie. L’art-thérapeute s’intéresse aussi à ses envies.

L’activité artistique (la musique, la danse, les arts plastiques, le théâtre, l’écriture…) permet d’aller au-delà du statut de patient et d’art-thérapeute. En vivant ensemble cette expérience avant tout relationnelle, un lien se tisse comparable au principe de « sympathie » bien connu des musiciens : « faire vibrer une corde par sympathie ». L’art-thérapie crée un espace de liberté pour le patient, il s’exerce dans un cadre sécurisant et dans un climat de bienveillance. Cette forme d’art-thérapie peut être proposée à tout patient sensible au Beau (en art-thérapie, le Beau est entendu comme « ce qui plait à la personne ») pour lui permettre d’agir pour sa santé et son bien-être. Dans le cadre de la maladie chronique, l’art-thérapie s’adresse à des personnes qui présentent des troubles de l’expression, de la communication, de la relation et qui peuvent ressentir : de la dépression, un sentiment de culpabilité, de honte, une baisse de l’estime de soi, de l’image de soi et de la motivation se manifestant par une altération du goût de vivre, une inobservance thérapeutique, le déni ou le refus de la maladie.

En favorisant les sensations, les ressentis et en permettant au patient de s’exprimer, l’art-thérapie contribue à maintenir l’équilibre essentiel à la vie, entre ce qui se passe à l’intérieur de nous et le monde extérieur. L’art-thérapie n’est pas une discipline magique qui guérirait tout le monde mais elle a quelque chose à voir avec les ressources souvent ignorées du patient. Entre le début et la fin des séances, le discours change et peut passer du « je ne sais rien faire » à « je ne savais pas que j’étais capable de cela » ou « je suis fier de l’avoir fait ». Les neurosciences apportent des éléments en faveur de l’art-thérapie. En effet, une stimulation sensorielle (artistique) associée à une sensation de plaisir (esthétique) va entraîner des modifications neurophysiologiques capables d’apporter des ressentis agréables au niveau physique, psychologique et donc du bien-être. Cette stimulation associée au plaisir va être mémorisée afin de constituer une ressource pour le patient, source de motivation et de changement.

L’art-thérapie est une approche qui peut redonner joie, vie, plaisir, espoir, fierté au patient fatigué, torturé par les contraintes, un avenir incertain et par un sentiment de perte d’identité. Elle permet au patient de vivre dans l’instant présent, d’avoir du plaisir à être et peut l’aider à se projeter de façon positive dans l’avenir en mettant du « Bon, du Bien et du Beau dans le soin ».

 

1 Définition selon l’OMS. La maladie chronique. www.sante.gouv.fr
2 Association Française de Recherche et Applications des Techniques Artistiques en Pédagogie et Médecine

 

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