Soins

Santé Sexuelle… Parlons-en !

Docteur Dany Jawhari

Automne 2015 - Lettre n°16
#Identité #Différences #Personnalité #Couple #Vie intime #Troubles sexuels

Perdre l’identité de soi-même, se sentir réduit, affaibli, différent des autres, sentiment d’infériorité, de faiblesse, tel est le vécu d’un homme souffrant d’un trouble sexuel.
Pourquoi ne suis-je pas comme tous les hommes ? Pourquoi dois-je subir cette bataille permanente, cette peur d’affronter ce qui doit être un témoignage d’amour, je l’aime, j’ai envie d’elle, je voudrais lui concrétiser tout ça mais…
Peu de phrases mais beaucoup d’expressions reflétant toute une souffrance, réduisant un homme qui tout simplement ne se sent plus un homme.

Une bonne sexualité peut constituer un axe solide qui unit un couple, un axe vers lequel convergent deux personnalités ayant chacune ses particularités, ce qui permet de regrouper deux tendances, fusionner deux intimités, pour n’en former par la suite qu’une, à condition de bien faire passer le courant.

La sexualité peut être un reflet fidèle de la bonne ou mauvaise santé d’un couple. Ainsi, une bonne entente sexuelle peut traduire une bonne complicité, une belle homogénéité de deux êtres qui ont réussi à fusionner ce qui les touche au plus profond d’eux-mêmes, à savoir leur vie intime. D’autre part, une sexualité conflictuelle peut être le reflet d’un rejet de l’autre, aboutissant, tôt ou tard, en cas de non-prise en charge, à la disparition du couple en tant que couple.

Chacun a son propre imaginaire nourri par le vécu et les multiples expériences tout au long d’une vie. Ainsi, chaque personne a ses désirs et ses envies et la relation type sera de concilier son propre désir avec celui de l’autre.

La réussite de la vie intime d’un couple nécessite la bonne coordination entre différents facteurs et éléments faisant partie de la personnalité propre de chacun afin de permettre une harmonie sexuelle, gage essentiel de l’épanouissement à deux.

« Faire l’amour », c’est une des plus importantes expériences que partage un couple. Le rapprochement intime permet la fusion de deux corps derrière lesquels se cachent deux personnalités ayant eu chacune une évolution différente. Ainsi, un rapport sexuel cache cinq histoires : deux histoires personnelles, deux histoires familiales plus l’histoire propre du couple. Nous pouvons alors bien imaginer la force que représente un rapport bien réussi, en symbolisant la fusion en une seule entité de différentes composantes ayant parfois évolué d’une façon parallèle.

La sexualité n’est pas toujours un long fleuve tranquille. En effet, les problèmes sexuels sont beaucoup plus fréquents qu’on le croit.

Une personne se plaignant d’un trouble sexuel est une personne qui souffre, qui a perdu une grande partie de sa joie de vivre, ce qui retentit sur les qualités relationnelles au sein de son couple, son entourage familial et professionnel.
Parler de ses difficultés sexuelles n’est jamais une tâche facile, mais peut-on au 21e siècle continuer à ignorer le problème, à passer à côté du sujet pour finir à n’en plus parler.
Est-ce qu’on a le droit de procéder ainsi au moment où tous les moyens sont le plus souvent mis en oeuvre afin
d’assumer le bien-être de chacun ? Bien sûr, la réponse à toutes ces questions est NON ! Beaucoup d’hésitations alimentées par la honte et la conviction du manque de moyens thérapeutiques avant de faire appel à l’aide. Nous n’avons pas le droit de banaliser un tel appel, où l’évolution des troubles peut aller jusqu’à une grave dépression et par conséquent jusqu’au suicide. Ce serait de la non-assistance à personne en danger, car derrière tout appel se cache un énorme désarroi et les quelques plaintes exprimées ne sont que la partie émergente de l’iceberg.

Chaque prise en charge est unique du fait de l’originalité de chaque trouble et des causes très variées de chaque cas.

Dans ce désarroi le médecin est vu comme le sauveur sur qui convergent les espoirs des patients, son rôle est fondamental en termes de souffrance d’ordre sexuel, il devra se montrer disponible, à l’écoute de la plainte, ce qui établit l’axe de la confiance, essentielle pour toute réussite thérapeutique.

La plainte est exprimée parfois par quelques mots ou d’une façon détournée, le patient est souvent gêné, d’où la nécessité de bien comprendre chaque mot afin de bien préciser la nature de la plainte et établir le motif exact de la consultation.

À partir du moment où la démarche est entamée pour résoudre un problème devenu existentiel, c’est qu’on est déjà à un stade avancé. Rare sont les personnes qui décident de consulter dès le premier échec, et beaucoup d’hésitations et de doutes s’installent quant à la nécessité de se faire suivre.

L’impact d’une difficulté sexuelle n’est jamais anodin chez un homme. Confronté à la reconnaissance de son trouble, l’inquiétude s’installe avec tout ce qu’elle implique comme changement dans la vie ; être inquiet c’est être vulnérable, se poser beaucoup de questions, avoir une peur permanente qui détruit petit à petit tous les plaisirs de la vie du fait que le plaisir intime n’est plus au rendez-vous. L’évolution va se faire vers une angoisse profonde provoquant une modification des pensées, de la façon de voir la vie ainsi que du comportement. En effet, la pensée principale va se concentrer sur la difficulté sexuelle et tout va tourner autour de ce problème entraînant un désintérêt des autres tâches de la vie et par conséquent un changement de caractère et une perte de la capacité relationnelle aussi bien dans le milieu professionnel que familial.

Les échecs répétés, que ce soit au niveau sexuel ou non, du fait des différentes modifications observées, vont renforcer la souffrance, ce qui va conduire au repli sur soi pour éviter les situations angoissantes, c’est-à-dire le contact sexuel avec l’autre. C’est un cercle vicieux qui va s’installer régit par l’échec, l’angoisse et la peur ; c’est à ce moment précis que l’aide d’un médecin qualifié peut être salutaire et bénéfique pour percer le cercle infernal et permettre à la personne en détresse de trouver des solutions lui offrant tout simplement à nouveau le goût de la vie.

La prise en charge essaiera à chaque fois que possible d’être globale, considérant le patient dans son ensemble d’abord et dans son couple ensuite. Les troubles sexuels ne sont plus une fatalité, beaucoup de solutions existent de nos jours.

Parler de la sexualité c’est parler de l’un des fondements majeurs de la société, de ce qui touche au plus profond de nous-mêmes, de ce qui est le support d’une relation à deux, de ce qui est l’acte d’amour.

Une vie sexuelle épanouie contribue à l’état de bienêtre et améliore la qualité de vie. Ainsi, le fonctionnement sexuel est un facteur essentiel de la santé. L’OMS a défini : « L’individu possède des droits fondamentaux, dont le droit à la santé sexuelle et au plaisir, et le pouvoir de contrôler son activité sexuelle en fonction d’une éthique sociale personnelle. » La santé sexuelle donc existe et fait partie d’un tout… La santé.

1. Burke et al. J Urol 2007; 177(4): 1438-42 • 2. Fonseca V, Jawa A. Am J Cardiol 2005; 96(12B): 13M-18M. • 3. Ma et al. J Am Coll Cardiol 2008; 51: 2045-50 • 4. Gazzarusoet al. J Am Coll Cardiol 2008; 51: 2040-44 • 5. Enzlin et al. Diab Care 2009; 32: 780–5

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