Soins

Les statines : l’inutile et dangereux débat

Pr Michel Pinget

Hiver 2017 - Lettre n°21

Il est de bon ton médiatique de remettre en cause tous les progrès dans le développement de nouveaux médicaments, en arguant que ceux-ci n’ont aucun bénéfice par rapport aux anciennes molécules et que leur coût plus élevé ne sert qu’à enrichir l’industrie pharmaceutique et ses complices, les experts médicaux. Ces allégations viennent à la fois d’émissions à grande écoute médiatique ou de productions dites scientifiques émanant de professionnels.

Le plus bel exemple est celui des statines, médicament dont le but est de réduire le taux de LDL cholestérol (mauvais cholestérol) et par ce biais de diminuer les événements cardio-vasculaires, notamment chez les diabétiques particulièrement exposés à ce risque.

Une récente émission diffusée par ARTE (Cholestérol : le grand bluff, 18 octobre 2016) remettait en cause à la fois le rôle du cholestérol sur le développement de la maladie cardio-vasculaire, l’intérêt en conséquence d’en abaisser le taux et pointait l’inutilité des statines, voire leur dangerosité. De quoi déstabiliser les patients auxquels ce traitement a été vivement recommandé et qu’ils prennent malgré des effets parfois indésirables au niveau musculaire (dans environ 8 % des cas). Déjà en 2013 le Professeur Even (aujourd’hui suspendu par l’ordre des médecins) avait écrit un livre amenant aux mêmes conclusions.

Force est de constater à ce jour que la sortie de ce livre a eu des effets très négatifs sur la santé des français. Une étude récente de pharmacologues bordelais a montré que le taux d’arrêt des statines dans les 8 mois ayant suivi cette parution en 2013 qui était de 11,9 % dans une population de 30 725 patients alors qu’il n’était que de 8,5 % sur les mêmes périodes de 2012 (29 517 patients) et 2011 (28 272 patients). Ce qui est troublant c’est que dans le même temps la mortalité dans ces populations a augmenté de 17 % entre 2011-2012 et 2013 (augmentation très significative), essentiellement chez les sujets à haut risque cardiovasculaire, ceux qui ont à l’évidence le plus besoin des statines. Cela ferait 90 morts supplémentaires sur la période concernée et sur la seule région bordelaise.

D’autres analyses anglaises et danoises sont encore plus préoccupantes et concluent au fait que l’arrêt injustifié des statines a fait plus de morts que les accidents de la route.

En réaction les experts français (Professeurs Brucker et Moulin, Diabétologie Pratique, N° 58 – Décembre 2016) mais aussi anglo-saxons (Professeurs Collins, Lancet 2016, Silvermann, JAMA 2016 et Nissen JAMA 2016) ont tiré la sonnette d’alarme, mais aussi revu de manière très scientifique toutes les données publiées au cours des 50 dernières années sur ce sujet.

Leurs conclusions sont formelles :

    • Ramener le taux de LDL cholestérol à la valeur recommandée en fonction de la situation clinique du patient (âge, niveau de risque cardio-vasculaire) réduit très significativement le risque d’événements cardiovasculaires ;
    • Les statines sont à ce jour le médicament le plus efficace pour atteindre cet objectif, à des doses variables selon les sujets ;
    • Les statines n’ont aucune dangerosité, leurs seuls effets secondaires se limitant à des problèmes musculaires.

Bien sûr les statines ne peuvent venir qu’en complément d’une hygiène de vie (alimentation équilibrée et activité physique adaptée) aussi bonne que possible, mais leur arrivée sur le marché représente un des plus grands progrès de la médecine curative et de la prévention cardiovasculaire des 50 dernières années. Ne nous en privons pas puisque les preuves sont là.

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