Soins

Télémédecine : quelles perspectives ?

Dr Michel Gerson, Colmar

Printemps 2018 - Lettre n°25
#télémédecine #téléconsultation #télésurveillance

Le terme de télémédecine recouvre une réalité diverse et évolutive. Y voit-on assez clair en ce début de printemps pour savoir ce que sera la pratique de la télémédecine en diabétologie à la fin de l’année ?

La téléconsultation vue par l’Assurance-Maladie

La téléconsultation « a pour objet de permettre à un professionnel médical de donner une consultation à distance à un patient »1. Pour l’instant la prise en charge par l’Assurance Maladie des actes de téléconsultation reste pour l’essentiel expérimentale et très limitée ; citons, par exemple, la téléconsultation par leur médecin traitant des patients résidant en EHPAD. Les négociations entre la CNAM et les syndicats de médecins – préalables à une prise en charge plus large de ces actes- sont en cours. Les informations diffusées par la CNAM suggèrent que la caisse entend limiter le champ des actes remboursés pour l’essentiel aux patients résidant dans des déserts médicaux et aux patients en ALD2. Les patients diabétiques pourraient donc en bénéficier. La limitation des actes de téléconsultation à une vidéotransmission sécurisée est vivement combattue par les nombreuses plateformes (pour la plupart des start-up) qui offrent des prestations de téléconseil téléphonique ; certaines d’entre elles sont soutenues par des mutuelles ou autres assurances complémentaires qui offrent le service à leurs adhérents.

La téléexpertise « a pour objet de permettre à un professionnel médical de solliciter à distance l’avis d’un ou de plusieurs professionnels médicaux en raison de leurs formations ou de leurs compétences particulières, sur la base des informations médicales liées à la prise en charge d’un patient ». C’est une activité courante… depuis que le téléphone existe ! La nouveauté, c’est qu’elle pourra sous certaines conditions être rémunérée par l’Assurance Maladie.

Télésurveillance du diabète

La télésurveillance « a pour objet de permettre à un professionnel médical d’interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical d’un patient et, le cas échéant, de prendre des décisions relatives à la prise en charge de ce patient ». Le diabète fait partie des quelques pathologies chroniques qui se prêtent à la télésurveillance puisque chaque jour la personne traitée par l’insuline produit des données sous la forme de glycémies capillaires. Un autre domaine de la diabétologie fait l’objet de télétransmission de données de longue date, c’est le dépistage de la rétinopathie ; en Alsace, Femalsace (Fédération des Maisons de Santé d’Alsace) a mis en place, avec le soutien des CPAM, de l’ARS et de la Région Grand-Est, un dépistage de la rétinopathie par un rétinographe mobile. Les clichés pris par un orthoptiste ou un infirmier sont adressés à un opthalmologiste ; l’organisation mise en place permet la prise en charge en urgence de toute rétinopathie sévère dépistée.

Après les arrêtés publiés auparavant pour la télésurveillance des patients insuffisants cardiaques, respiratoires ou rénaux, l’arrêté publié au Journal officiel du 28 avril 2017 fixe le cadre actuel de la télésurveillance pour les patients diabétiques. Cet arrêté réserve la prise en charge par l’Assurance Maladie aux patients âgés de 18 ans ou plus, sous insuline depuis plus de 6 mois et déséquilibrés : HbA1c supérieure ou égale à 8 % dans le diabète de type 1 et à 9% dans le diabète de type 2. Cet arrêté stipule la nécessité d’accompagnement thérapeutique et précise que le nombre minimal de séances d’accompagnement thérapeutique est d’une séance mensuelle « sous forme présentielle ou à distance, quel que soit le moyen utilisé (téléphone, E-learning, enseignement assisté à distance) ». Ces séances sont dispensées par un professionnel de santé formé à l’éducation thérapeutique. 
La télésurveillance suppose un système de recueil de glycémie capillaire et un algorithme, personnalisable pour chaque patient, permettant de générer deux types d’alertes : des alertes de «sécurité » après chaque mesure de la glycémie capillaire hors de la zone cible et des alertes de « signalement », dans le cas d’une hypoglycémie sévère.

Une start-up, MyDiabby, a lancé en 2015 une activité de télésurveillance destinée aux femmes atteintes de diabète gestationnel dont la grande majorité n’est pas traitée par insuline et ne relève donc pas d’une prise en charge par l’Assurance Maladie.

En conclusion, même si le cadre réglementaire et financier se précise, il est difficile d’anticiper en ce début d’année quel sera le développement de la télémédecine en diabétologie dans les années qui viennent.

 


1 Cette définition et les suivantes ont été empruntées aux fiches pratiques pédagogiques élaborées par la DGOS, la HAS, l’ANSM et l’ASIP Santé sous le pilotage de la DSSIS.

2 Affection de Longue Durée

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